Le Syndicat professionnel national des opticiens engage une bataille contre l'exercice illégal de la profession.
Tout magasin d'optique n'ayant pas d'autorisation fera l'objet d'une plainte.
Le ministre de la Justice apporte son appui en assurant la bonne marche des procédures.
I l n'y a plus de temps à perdre. On a déjà pris beaucoup de retard!» Pas de vacances pour le président du Syndicat professionnel national des opticiens du Maroc, Mohamed Bettoula. Il a la rage au cœur, lorsqu'il apprend qu'un gardien de toilettes a ouvert un magasin d'optique à Meknès. «On m'a appelé, ce matin, pour m'en informer! N'importe qui peut ouvrir un magasin d'optique pour vendre des lunettes sans en avoir le droit», regrette-t-il. Mohamed Bettoula a donc renoncé à son congé pour entamer une chasse aux sorcières.
Vendeurs de légumes, épiciers, gardiens, associations… Les concurrents déloyaux poussent comme des champignons. « Il n'est pas normal que les opticiens ayant fait des études et obtenu leur diplôme pour exercer ce travail se retrouvent au chômage, alors que d'autres ouvrent des magasins parce qu'ils ont un capital pour le faire », dénonce Mohamed Bettoula. Pour ce dernier, l'origine du problème provient de l'autorisation en elle-même. «Seul le Secrétariat général du gouvernement est habilité à délivrer cette autorisation. Or, ce que nous constatons, au syndicat, c'est que des élus aussi en délivrent, contrairement aux directives contenues dans l'article 49 et 50 de la Charte nationale. Ceux-ci interdisent clairement aux présidents communaux de délivrer une telle autorisation pour l'exercice des professions libérales », explique le président du syndicat.
Etant l'unique interlocuteur reconnu, ce syndicat ne cesse, depuis quelques semaines, d'attirer l'attention des responsables pour mettre un terme à l'exercice illégal de la profession. «J'ai adressé des lettres aux ministres de l'Intérieur et de la Justice lequel, a été très réceptif. Il nous a invités à une réunion», souligne Mohamed Bettoula. La rencontre avec le ministre de la Justice, Mohamed Naciri, a eu lieu il y a un peu plus d'un mois. «Lorsque nous lui avons exposé le problème, il nous a assurés qu'il nous soutiendra dans l'activation des procédures judiciaires engagées contre ceux qui exercent la profession illégalement», reconnaît le président du syndicat.
Jusqu'à maintenant, ce sont sept plaintes qui ont été déposées. Elles mettent toutes en évidence la violation d'une loi claire, imposant à tous ceux qui ouvrent des magasins d'optique de disposer d'une autorisation délivrée uniquement par le SGG. «La police vient de m'appeler à ce propos, cela veut dire que la procédure a pris son cours et que nos plaintes aboutiront bientôt à un bon résultat», se réjouit Mohamed Bettoula pour qui l'aboutissement de ces premières plaintes ne peut qu'encourager le syndicat à poursuivre sa bataille. «Personnellement, je reçois des coups de fil d'un peu partout d'opticiens qui ont, aujourd'hui, plus confiance en l'assainissement de la profession», confie-t-il La volonté est bien là, mais la mobilisation de tous ne fait pas l'unanimité.
Et les exemples sont nombreux : «Le syndicat a saisi Monsieur le Secrétaire général du gouvernement pour l'avertir de l'existence de magasins d'optique en situation illégale à Agadir. Notre doléance a été approuvée et le Secrétaire général du gouvernement a envoyé une lettre demandant au wali d'Agadir d'agir. Mais, ces magasins sont toujours là», se lamente Mohamed Bettoula. Le syndicat ne baisse pas les bras, il a adressé une nouvelle plainte au ministre de l'Intérieur le 28 juillet dernier revendiquant son intervention pour que la profession ne tombe pas dans l'anarchie. Et le risque est gros. «Vous vous rendez compte que plusieurs campagnes organisées par des associations pour la distribution de lunettes ne sont qu'une escroquerie ! Ces associations ne sont pas constituées d'opticiens diplômés et leurs donations camouflent, en fait, des ventes en gros clandestines», martèle Mohamed Bettoula. Signalées à Tifelt, Berrechid et Fès, ces fausses campagnes, que dénonce le syndicat dans ses lettres, servent d'argument pour démontrer à quel point le secteur est menacé. «Aucun organisme ne peut prétendre avoir le droit de fabriquer ou de vendre des lunettes. Or, nous avons appris que la MGPAP (Mutuelle générale du personnel des administrations publiques) allait ouvrir un centre d'optique pour les fonctionnaires. Alors, nous avons adressé une plainte au ministre de l'Emploi et au directeur général de la MGPAP afin d'expliquer nos raisons professionnelles», indique le président du syndicat. A présent que la bataille commence à donner ses fruits, le syndicat et les professionnels retrouvent leur motivation. Le syndicat compte même établir un programme d'actions pour protester contre l'exercice illégal de la profession.
A la rentrée, les membres du syndicat se réuniront le 24 octobre pour décider des démarches à suivre. «Nous n'avons pas encore fixé le lieu de notre assemblée, mais son intérêt sera capital pour l'avenir des professionnels. Nous sommes prêts à utiliser tous les moyens, y compris des sit-in, pour nous faire entendre », annonce le président du syndicat. Et il n'y a pas que l'exercice illégal de la profession qui préoccupe les opticiens et ravive leur colère. Ils redoutent également l'approbation d'un nouveau projet de loi déposé par le ministère de la Santé les privant d'acquis vieux de plusieurs années.
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