"Les pouvoirs publics se pencheront-ils sur ce danger qui menace la santé de la population ?", s'interroge le journaliste du journal algérien L'Expression. "Le danger de ces lunettes qui se vendent à chaque coin de rue réside dans le fait que l'acuité visuelle des verres est commune aux deux yeux", précise le Dr Mokhtar Bengherbi, ophtalmologue agréé sur la place d'Alger. "Les lunettes solaires vendues dans les conditions que vous connaissez sont, elles, effectivement dangereuses pour la vue. Non filtrantes, elles laissent passer les rayons ultraviolets. Ceux-ci peuvent provoquer la cataracte et agresser dangereusement la rétine", poursuit le spécialiste.
Egalement sollicité, le Dr Mehdi Brouri de l'hôpital Mustapha-Bacha d'Alger, explique que le vrai danger réside dans le port des lunettes solaires contrefaites. "Il favorise la dilatation de la pupille sous la lumière assombrie par le verre, favorisant ainsi une pénétration dangereuse des UV dans l'oeil." Pire que de ne rien porter, en somme.
Des tessons de bouteille recyclés ?
Selon un opticien d'Alger, "probablement motivé par un légitime souci commercial" commente le journaliste, le verre de ces lunettes provient de Chine, après recyclage de tessons de bouteille, et ne fait l'objet d'aucun traitement. "L'opticien nous montre deux verres pour constater la ‘supercherie'. L'un est lourd, d'une certaine densité et tirant vers la couleur verte : il est fabriqué à partir de tessons de bouteille ! L'autre, cristallin, léger et parfaitement incolore est destiné à la fabrication de verres correcteurs par de grandes maisons de lunetterie."
Une autre opticienne explique comment, lors de la taille de ces verres contrefaits, "une odeur nauséabonde se dégage alors que du verre médical il n'émane qu'une poudre blanche". "Les montures sont faites à base de déchets plastiques et ferreux recyclés dans des conditions opaques, poursuit-elle. Ces produits peuvent provoquer chez les utilisateurs des allergies et des maladies de la peau."
Il faut dire que la paire de lunettes pour presbyte se négocie entre 150 et 300 dinars, tandis que "le passage par l'ophtalmologue et l'opticien coûtera, au bas mot, 4000 dinars". Les "consultations" se font sur le trottoir, où "le revendeur s'improvise ophtalmologiste et opticien. Il ausculte, conseille, propose et vend» un produit qui est censé n'être cédé que sur prescription médicale." Les vrais opticiens, conclut l'article, regrettent et dénoncent l'absence de tout contrôle qui leur fait perdre la clientèle". |