Les opticiens marchent sur un terrain miné. Ils sont près de 2.000 à souffrir d’un marché parallèle sans cesse plus large. « En plus des bricoleurs, les associations qui commercialisent des équipements optiques sous couvert d’action sociale, sont un réel fléau pour le secteur », confie le président du SPNOM qui livre une bataille sans merci aux ONG qui organisent des campagnes médicales au cours desquelles sont vendues des lunettes à des prix exorbitants aux démunis. « Nous avons déposé plusieurs plaintes munies de procès verbaux établis par des huissiers de justice et de reçus prouvant que les bénéficiaires des campagnes paient entre 200 et 800 DH une paire de lunettes. Les associations leur font croire que c’est une contribution à l’action sociale et que ces prix sont beaucoup moins chers que chez l’opticien », explique Mohamed Bettoula qui a réussi à se faire entendre à Marrakech, grâce au soutien et à la volonté des autorités locales d’assainir le secteur et d’éviter que des actions sociales ne deviennent commerciales. « D’autres opticiens dans d’autres villes veulent suivre l’exemple marrakchi. En plus du dahir de 1954 qui protège l’exercice du métier, le SGG fait d’énormes efforts pour nous soutenir. Il a d’ailleurs envoyé une note au wali d’Agadir, à la demande d’opticiens, pour lui interdire l’octroi d’autorisation d’exercice du métier. Après plusieurs mois, rien n’a changé », regrette Bettoula.L’effort d’assainissement a énormément besoin des walis, de leur réactivité et de leur disposition à faire respecter la loi. En attendant, ces associations à but lucratif continueront de vendre des lunettes. Les opticiens dénoncent également la multiplication d’instituts octroyant des diplômes sans contrôle et l’exercice illégal de la profession. Le projet de loi en élaboration ne risque pas de les apaiser pour autant. « Nous redoutons que ce projet ne fasse de nous de simples exécutant d’ordonnances. Nous voudrions exercer notre profession en permettant à chaque opticien le droit à une reconnaissance légale et éthique », souhaite encore Bettoula.
Leïla Hallaoui
Le soir
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