Le glaucome est une maladie pernicieuse qui peut provoquer la cécité. Elle reste mal connue du grand public. Voici les indications nécessaires pour mieux comprendre cette maladie pour savoir la prévenir.
L’oeil peut être assimilé à une caméra qui capte les images pour les calquer sur la rétine (support vidéo) et les transmet au cerveau (aire visuelle) par un cordon appelé nerf optique, dont la partie visible au fond de l’oeil est appelée pupille ou disque optique.
La partie antérieure de l’oeil est remplie d’un liquide appelé l’humeur aqueuse, secrétée par le corps ciliaire (entrée) et excrété (sortie) au niveau d’un filtre, le trabéculum. Dans le glaucome, il existe un obstacle à l’écoulement de ce liquide. La pression dans l’œil augmente, comprime le disque optique ce qui altère le champ visuel.
Maladie de l’oeil, le glaucome, dans sa forme chronique à angle ouvert, peut entraîner une altération progressive et irréversible de la vue. Il évolue de manière silencieuse et insidieuse, sans aucun signe d’alerte permettant de le déceler.
Il ne se manifeste ni par des douleurs, ni par une rougeur, ni par un brouillard visuel ; ni par de maux de tête, jusqu’au jour où les premiers signes apparaissent, où le champ visuel se rétrécit irrémédiablement et où on devient définitivement aveugle. Quand ces symptômes apparaissent, il est déjà trop tard.
Pourtant, de simples tests, effectués rapidement chez l’ophtalmologiste, permettent de le diagnostiquer et d’instaurer un traitement susceptible de stopper la progression de la maladie. Un dépistage précoce et un traitement bien suivi, à vie, permettent de conserver une vision correcte.
Le facteur de risque principal du glaucome est l’augmentation de la pression dans l’oeil. Sa fréquence augmente avec l’âge, à partir de 40 ans. Dès cet âge, un examen de dépistage régulier s’impose ! Le dépistage précoce de la maladie par un examen ophtalmologique régulier permet de mesurer le tonus oculaire (pression de l’oeil) et d’apprécier l’état du nerf optique.
Ce dépistage s’avère indispensable pour les personnes les plus exposées à la maladie : les personnes âgées, les diabétiques, les personnes hypertendues ou hypotendues, les myopes, les personnes ayant un parent atteint de glaucome et les patients sous cortisone. Le plus difficile pour le patient atteint de glaucome est d’intégrer l’idée de combattre une maladie pour laquelle il ne ressent aucun effet ni aucune douleur. Beaucoup de malades arrêtent ou oublient leur traitement pour cette raison.
Une correction par lunettes ou la rééducation orthoptique ne permettent pas de corriger les altérations du champ visuel !
Les cas les plus courants au Maroc, ce sont les cas de glaucome à angle ouvert. Ce type de glaucome aussi ne provoque au début ni douleur, ni rougeur, ni baisse de l’acuité visuelle, mais conduit progressivement à la cécité s’il n’est pas traité.
Il n’existe pas d’études récentes permettant d’évaluer la prévalence du glaucome au Maroc. L’existence de certains facteurs de risques comme la pauvreté, le manque d’ophtalmologistes, l’isolement des populations rurales, l’augmentation de l’espérance de vie, laisse penser que la maladie glaucomateuse serait fréquente et en augmentation...
On estime qu’il n’existe qu’un ophtalmologiste pour 70.000 habitants en moyenne au niveau national. De plus, ces ophtalmologistes sont très inégalement répartis sur le territoire national avec une concentration particulièrement sur l’axe Casablanca-Rabat, aussi bien dans le secteur privé que public ou hospitalo-universitaire.
L’éloignement d’une large frange de la population marocaine des spécialistes et des centres médicaux de dépistage et de suivi est à prendre en considération comme un facteur majeur de risque de cécité glaucomateuse.
De plus, un traitement à vie, coûteux qui de plus est, constitue un handicap majeur pour les couches sociales les plus défavorisées. La proportion des glaucomateux non traités par rapport à ceux traités au Maroc est inconnue, mais des indicateurs laissent penser qu’elle est très élevée. A titre indicatif, en France, où la couverture médicale est généralisée et le système sanitaire est considéré comme l’un des plus performants, cette proportion atteint les 50%. La majeure partie de la population marocaine ignore l’existence de cette maladie ainsi que la notion de tonus oculaire, confondu encore trop souvent avec la cataracte et l’hypertension artérielle. Un traitement médical assidu est indispensable pour bien vivre son glaucome. Ce traitement doit être pris à vie (des collyres pour l’essentiel) et le plus tôt est le mieux !
À cet effet, l’Organisation Mondiale de la Santé a inclus le glaucome dans le programme Vision 2020 (Initiative mondiale pour l’élimination de la cécité évitable), car il semble que la déficience visuelle et la cécité sont en augmentation. Ceci s’observe même dans les pays en développement où des campagnes de dépistage de masse sont lancées. Le glaucome constituerait la 2e cause de cécité dans le monde et la 1ère cause de cécité non curable évitable.
Un groupe d’hommes et de femmes, médecins, patients, citoyens... se sont mobilisés pour tirer la sonnette d’alarme quant aux conséquences dramatiques de cette maladie responsable de handicaps visuels irréversibles. Ils viennent de s’organiser au sein de l’Association Marocaine contre le Glaucome (AMG). La particularité de cette association, contrairement à d’autres organisation existantes qui organisent des campagnes de lutte contre la cécité ciblant plus particulièrement des personnes présentant des troubles visuels, c’est qu’elle veut se lancer dans la sensibilisation et le dépistage des personnes de plus de 40 ans avec ou sans troubles visuels.
Pour l’AMG : « Après les succès exemplaires obtenus dans la lutte contre le trachome dans le Sud marocain, le glaucome devient une priorité dans la lutte contre la cécité incurable. La clef de la réussite de cette lutte est la sensibilisation et le dépistage ». « Les traitements actuels des glaucomes (médicaments, laser et chirurgie) visent à restaurer une pression oculaire normale afin d’éviter d’endommager les fibres du nerf optique », note l’association. Elle précise qu’une nouvelle voie de traitement est au stade d’étude. Il s’agit de la neuroprotection. L’AMG pilote une « Caravane contre la Cécité », qui sillonne le Royaume. Après Settat, Mohammedia, d’autres caravanes itinérantes sont programmées dans les mois à venir. Elles arriveront à Tanger, Laàyoune, en passant par Erfoud et Nador, ciblant environ 6 villes ou villages en 2007.
En 2008, l’AMG projette d’effectuer 12 campagnes, à raison d’une campagne par mois, dans différentes régions du Maroc grâce à l’aide d’antennes locales, ciblant parfois les lieux de grands rassemblements comme les souks ou les festivals... En 2009, les campagnes devraient se multiplier dans tout le Royaume.
source: le reporter