Ils attaquent la contrefaçon en innovant et informant sur les méfaits
· Ceux qui ont affaire à l’informel souffrent de l’inexactitude de l’exécution de leur ordonnance
· Les lunettes masque grande tendance de l’été
«Tout est bon pour faire sortir l’opticien de son magasin», affirme Habib Channawi, directeur commercial chez la société Luxo Maroc, filiale de Luxottica Group . C’était en tout cas l’un des objectifs de la deuxième édition du Salon national Luxo Maroc optique et solaire qui était haut en couleurs. Regroupant pas moins de 22 opticiens professionnels partenaires du Luxottica Group, ce salon s’est tenu du 9 au 12 juin à l’hôtel Sheraton Casablanca. La manifestation visait aussi à «dynamiser la profession», note Channawi. Les opticiens se sont rencontrés et ont contracté de bonnes affaires. Chose confirmée par Nadir Tazi, directeur général de Luxo Maroc. Pour lui, «ces rencontres offrent en effet l’occasion de tisser de réels partenariats. Ce qui incite les professionnels du secteur à améliorer la qualité de vente en vue de répondre aux exigences du consommateur». Les organisateurs ont recensé près de 250 visiteurs professionnels venus s’offrir les nouvelles collections de montures de lunettes optiques et solaires (tendances 2005-2006).
· Etat des lieux
Par ailleurs, le marché local souffre toujours et encore d’une «bête noire» nommée l’informel. C’est devenu un débat de sourd que certains opticiens préfèrent ignorer. «Les grandes douleurs sont muettes». Pourtant, les professionnels ne baissent pas les bras. Ils contre-attaquent en organisant des salons, des ateliers et en présentant les dernières collections au niveau national et international. Le but étant d’informer le citoyen sur la gravité du produit contrefait au niveau sanitaire et économique et surtout le sensibiliser au sens de la responsabilité et de la citoyenneté. Interrogés par L’Economiste, certains consommateurs commencent à prendre conscience de l’importance de la santé des yeux. Même si les prix ne sont pas à la portée de leur bourse, ils préfèrent les produits respectant les normes et les garanties, vendus chez les «professionnels». D’ailleurs, le marché de l’optique bat son plein. Les opticiens sont partout et poussent comme des téléboutiques. En effectuant une petite recherche sur l’annuaire Télécontact, la ville de Casablanca compte à elle seule près de 180 opticiens dont diverses franchises. Les dernières statistiques (datant de 2003) du ministère de l’Industrie dénombrent seulement 4 enseignes étrangères dispersées à travers le Royaume (Alain Afflelou, Lissac, Lynx, Opti Visao…). Avec un total de 9 points de vente recensés jusqu’à 2005. Pour tous les autres, il s’agit d’installation en nom propre, avec vente de produits multimarques.
Plus globalement, le secteur de la fabrication d’instruments médicaux, de précision d’optique et d’horlogerie (selon la classification du ministère de l’Industrie) comptait, en 2003, 26 entreprises réalisant un chiffre d’affaires de près de 270 millions de DH, la part de l’optique n’étant pas déterminée. La production, quant à elle, était estimée à 250 millions de DH. Ce secteur drainait un investissement de près de 11 millions de DH et exportait pour près de 30 millions de DH. Ils étaient plus de 600 personnes à y travailler. Aujourd’hui, la branche de l’optique et de la lunetterie ne cesse de se développer et se fait une clientèle assez vaste.
Côté informel, les étalages battent leur plein. Partout, des stands de lunettes bon marché fleurissent au grand dam des opticiens. Surtout que ces lunettes ne respectent en aucun cas les normes et standards internationaux quant aux filtres UV. Un marché que s’accaparent les jeunes et les étudiants par exemple dans les ruelles du passage de l’ancienne Médina. Le consommateur a un très large choix: des imitations de toutes les marques à des prix défiant toute concurrence, démarrant parfois à partir de 20 DH. Pour des lunettes tendances, le prix varie entre 90 et 300 DH.
· Nouvelles marques
A Derb Ghallef, tout un pavillon est consacré à l’optique. Alignés, des jeunes vendeurs vantent la qualité de leurs produits. Des mini-boutiques regorgent de montures de lunettes médicales et d’autres de soleil. Sur ce même carré des lunetiers, une dame s’est mise en colère. «Je ne vois rien avec ces lunettes qui m’ont coûté presque 1.200 DH», s’indigne-t-elle. Le vendeur explique cela par une erreur dans l’exécution des verres. N’est-ce pas là une affaire de professionnel? Un ophtalmologue, situé Bd Al Fida à Casablanca, affirme que, dans la majorité des cas, les gens souffrent de l’inexactitude de l’exécution de leur ordonnance et se font arnaquer en s’approvisionnant dans le secteur informel. «Ce fléau met en danger la santé des yeux des citoyens», avertit-il. Les consommateurs ne sont pas encore conscients des dangers que le port de ces lunettes pourrait avoir sur leur vision.
Les tendances en tout cas n’en pâtissent pas et les créateurs rivalisent d’imagination pour créer «la paire de lunettes de la saison». Gare à celles qui n’auront pas opté pour la fameuse monture masque comme celles de DKNY, Chanel, Prada ou encore Gucci. Et que les aficionados se rassurent, pour cet été 2005 et la rentrée 2006, de nouvelles marques de montures feront leur entrée sur le marché marocain, annonce Hind Sadqi, responsable merchandising chez Luxo Maroc. Il s’agit des lunettes signées Donna Karan, chef styliste de la société internationale qui porte son nom et la marque Dolce Gabbana. Elles étaient exposées en avant-première lors du salon Luxo Maroc. Pour Donna Karan, «les lunettes définissent une apparence, un sentiment, une attitude. C’est un accessoire aussi personnel que les autres. Les lunettes parfaites sont fonctionnelles et expressives, avec des proportions qui doivent être adaptées au visage et au style», lit-on dans la brochure promotionnelle de la marque. «Ce sont des modèles étrangers qui arrivent sur le marché marocain en même temps qu’en Europe», note Sadqi. Les lunettes «masque tendance» sont toujours en vogue pour cette saison estivale. Ils ont la forme masque vu leur largeur et vont à toutes formes de visages. Ce sont des produits de luxe mais à la portée de tous. Une fourchette de prix allant de 600 à 4.000 DH dans le circuit légal. Les prix sont très variables en raison de la baisse des droits de douane et de la concurrence du marché parallèle. D’autres collections avec de belles couleurs sont proposées à la clientèle moderne, branchée ou classique (Ray-Ban, Chanel, Prada, Vogue, Persol, Versage, Bvlgari, DKNY…). Tout le monde y trouve son compte. C’est un changement qui plaît et donne envie de voir et de se voir. «D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’ils se vendent bien», confirme un opticien de la place.
L'economiste
Fatim-Zahra TOHRY
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