· En son temps, Oualalou aurait proposé de dissoudre la MGPAP
UN rebondissement de taille dans une affaire scandaleuse qui met sévèrement en question l’autorité de l’Etat. Le procureur général du Roi s’est saisi du dossier brûlant de la Mutuelle générale du personnel de l’Administration publique (MGPAP). C’est au pénal que cette affaire va être traitée. Mais on n’en est pas encore au stade où les responsables de la MGPAP sont devant le juge. Pour le moment, il est plutôt question d’une enquête enclenchée par le procureur général du Roi qui a ainsi demandé à toutes les parties concernées de lui fournir la documentation relative à la MGPAP dont elles disposent.
Il s’agit en l’occurrence des ministères de l’Emploi et des Finances qui sont les deux départements de tutelle ainsi que la Mutuelle et divers partenaires. Rappel des faits: Mohamed El Farrah, le président de MGPAP depuis 2000, est soupçonné de s’être servi des biens de la Mutuelle pour des usages autres que la couverture des adhérents. Les accusations en «off» dont les sources de L’Economiste ont fait part fusent et ne font pas dans la dentelle. Abdelmoula Abdelmoumni, lui, préfère parler à visage découvert. Il est le coordinateur du comité national élargi des délégués et administrateurs de la MGPAP.
Abdelmoumni a plusieurs exemples d’affaires suspectes où El Farrah serait, selon lui, «impliqué». Place aux chiffres, d’abord «versement indu de la somme de 2,6 millions de dirhams à l’Association des maladies chroniques (Amason) dont le trésorier n’est autre qu’El Farrah» (cf. L’Economiste du 03/04/2007 sur www.leconomiste.com).
Ensuite, «l’acquisition d’un nouveau siège au quartier chic Agdal à Rabat, pour près de 50 millions de DH. Avec l’aménagement et l’équipement, le montant flambe à 100 millions de DH», estime Abdelmoumni. Summum de la bizarrerie, «cet immeuble appartient toujours à l’ancien propriétaire», assure Abdelmoumni. Ce dernier affirme que «Fathalah Oualalou, alors ministre des Finances, avait écrit au président de la MGPAP lui demandant de ne pas effectuer cette acquisition». Oulalaou aurait même écrit à Mustapha El Mansouri, qui était alors ministre de l’Emploi (il est l’actuel président du Parlement), pour lui demander de «dissoudre tous les organes de gestion de la Mutuelle comme mesure coercitive après les multiples défaillances relevées au niveau de sa gestion».
La lettre est datée du 1er août 2006. Le ministre des Finances de l’ère Jettou cherchait à appliquer l’article 26 du Dahir de 1963 régissant les mutuelles. Cet article donne le droit aux départements de tutelle de prendre une telle mesure. Depuis cette date, rien n’a été fait. «On ne comprend pas pourquoi», se demande Abdelmoumni. Ils sont au total 350.000 adhérents et 1 million de bénéficiaires menacés de voir leur couverture médicale compromise.
Indéboulonnable?!
IL y a une sorte d’impression ambiante que l’on a affaire à un homme indéboulonnable. El Farrah, président de la MGPAP, est un parlementaire USFP et est aussi «l’homme fort de la CDT, la centrale syndicale de Noubir El Amaoui». De l’époque du gouvernement sortant, à chaque fois que ce dernier cherchait à activer le dossier de la Mutuelle, des menaces de grève de la CDT étaient curieusement concomitantes. Autre élément curieux, le département Rhmani, lui aussi Usfpéiste, cherchant à porter l’affaire devant la justice, a eu des difficultés considérables à engager un avocat désirant prendre le dossier et s’est heurté à deux refus. Finalement, «c’est Maître Karam qui a accepté d’être chargé de cette affaire épineuse», indique une source au ministère de l’Emploi. A l’heure où nous écrivions cet article, le président contesté de la MGPAP était injoignable. «Il a provisoirement restreint les appels entrants», indique son téléphone.
Nabil TAOUFIK
L’économiste