La stratégie 2008- 2012 de la santé est destinée à assurer l’équité de l’offre des soins entre les régions et entre milieux urbain et rural, et à faciliter l’accès aux soins. Cette stratégie, a précisé la ministre de la Santé lors d’un colloque sur la santé organisé à Rabat et présidé par le Premier ministre Abbès Fassi, s’articule autour de plusieurs axes portant sur le repositionnement stratégique des différents intervenants dans le secteur de la santé par la création de plusieurs organismes publics autonomes de gestion des infrastructures hospitalières.
Ce repositionnement exige aussi l’établissement d’un partenariat stratégique avec le secteur privé basé sur l’approche participative. C’est ce partenariat, cette complémentarité, cette harmonisation public–privé qui aujourd’hui nous intéresse à plus d’un titre car les enjeux sont énormes.
Des préalables à respecter
La conciliation des secteurs public et privé est l’une des conditions essentielles à la viabilité de notre système de santé. Le succès repose toutefois sur le respect d’un certain nombre de principes directeurs dont l’universalité, la complémentarité, l’encadrement et les limites de l’action du privé dans le système actuel.
L’universalité
Le premier et le principal est celui de l’universalité. Les soins médicaux devront toujours répondre aux besoins du patient. Jamais à sa capacité de payer. Il s’agit là d’un droit de tout Marocain de pouvoir être correctement soigné, dans des structures adaptées, indépendamment de ses moyens.
La complémentarité
Le deuxième principe est celui du rôle complémentaire du secteur privé lorsque le système public ne suffit pas à la tâche, une situation qui ne peut que s’aggraver si rien n’est fait.
L’intervention du secteur privé est plus que souhaitable, lorsqu’elle permet d’accroître l’accès des patients aux services de santé. Prenons, à cet égard, l’exemple du Danemark qui réfère le patient au secteur privé dès que l’attente excède un mois.
Sur cette question de la complémentarité des soins de santé, je crois profondément que fermer la porte au privé équivaut à fermer la porte au patient.
L’encadrement
Le troisième principe est celui du nécessaire encadrement du secteur privé. Au lieu de tenter d’interdire, de façon stérile, la contribution du secteur privé comme se plaisent à le dire certaines personnes, il faut plutôt réfléchir sur les modalités susceptibles demain de l’encadrer pour qu’il agisse de façon ordonnée, selon des conditions qui assureront son efficacité et sa complémentarité. L’encadrement est la seule façon de rectifier les faiblesses du système.
C’est la seule façon d’éviter un développement anarchique où tout le monde fait à peu près ce qu’il veut. Avec des contrôles gérés par les responsables du ministère de la Santé (directeurs régionaux , délégués, directeurs d’hôpitaux...), on pourra améliorer le résultat pour les patients tout en assurant un financement structuré, ordonné et logique.
En fait, le secteur privé peut nous aider rapidement à régler les problèmes qui affligent de façon continue le système public, à commencer par les listes d’attente. Il peut le faire tout en respectant l’universalité des soins, avec un financement qui suit le patient, à charge pour l’hôpital de payer la note et de récupérer les dépenses ainsi effectuées auprès de l’ANAM, AMO, ministère…
Déterminer où commence et ou se termine l’intervention du privé.Il est clair que pour en arriver là, des textes de loi devront être préparés afin de déterminer clairement là où commence l’intervention du privé et où elle doit s’arrêter. L’objectif étant bien entendu d’éviter tout dérapage. Une mesure saine qui permettra en outre d’éviter des agissements incontrôlés, et uniquement motivés par le profit. L’important, c’est que les médecins demeurent impliqués et se sentent responsables, investis d’une mission de service public. Il faut tout mettre en œuvre pour assurer une harmonisation du public et du privé, procéder à des choix mûrement réfléchis quantaux personnes (médecins, chirurgiens, gynécologues, cardiologues, radiologues, anesthésistes réanimateurs...) qui seront appelés à exercer dans le public selon le ou les modes qui seront retenus par les responsables du ministère de la santé, le CNOM, la SMSM, l’ANAM, la CNOPS, la CNSS et les syndicats les plus représentatifs... Ces choix des personnes devront se faire sur la base de critères préalablement établis par une commission nationale qui sera chargée d’étudier toutes les demandes et de statuer sur les différents profils souhaités au niveau de telle ou telle région.
Dans ce registre, nous prendrons l’exemple de l’hôpital de Sefrou, une ville qui se trouve à 25 km de Fès. Elle compte 23 communes (5 municipalités et 18 communes rurales) ce qui fait énormément de monde et donc de patients qui n’ont d’autres choix pour se faire soigner que d’aller à l’hôpital. Pour les besoins d’un diagnostic fiable, plus sûr et pertinent, les médecins demandent depuis bien longtemps un scanner. Les raisons d’une telle demande sont multiples et, comme souligné plus haut, l’hôpital de Sefrou dessert une population qui est estimée à près de 300.000 personnes, mais n’a pas accès à un tel appareil qui est pourtant considéré comme essentiel à la bonne pratique de la médecine.
On peut concevoir une complémentarité dans ce sens avec le privé afin de permettre aux malades qui nécessitent un scanner de pouvoir en bénéficier rapidement, au lieu de se rendre à Fès pour avoir un rendez-vous, de revenir à leur domicile à Sefrou et de prendre leur mal en patience en attendant le jour du fameux rendez-vous. Il peut en être de même pour la résonance magnétique (IRM), la chirurgie esthétique, l’orthopédie, la gynécologie et autres.
La situation est d’autant plus préoccupante, surtout quand on sait qu’il y a une réelle pénurie de professionnels de santé (on a besoin à ce jour de 14.000 infirmiers tous grades confondus), sans parler des médecins spécialistes. Ce manque des effectifs rend encore plus difficile l’accès aux soins à l’ensemble de notre population, surtout dans les contrées lointaines ou en milieu rural, là où la démographie médicale joue contre nous.
Il faut, sans tarder, mettre en place des solutions qui allégeront les pressions que la pénurie exerce sur le réseau de la santé. Pour ce faire, nous devons ouvrir plus d’écoles de formation aux carrières de santé, former aussi des profils d’auxiliaires en deux années pour les affecter dans les structures de soins de santé de base, faire un plaidoyer pour avoir plus de postes budgétaires, sensibiliser nos parlementaires, nos hommes politiques, les syndicats, les ONG, la société civile sur la nécessité de remédier aujourd’hui à la pénurie de personnels de santé (médecins-infirmiers). En outre et au risque de nous répéter, nous avons besoin d’un système qui offre non seulement aux médecins, mais à tous les professionnels de la santé, des conditions d’exercice optimales. Nous avons besoin d’un système qui les traite comme des centres de valeur et non comme des centres de coûts qui engloutissent les budgets annuels.
Il n’est plus possible d’assister à des situations aberrantes, de devoir attendre 20 jours et plus pour un rendez-vous de scanner, ou de devoir aussi attendre pour une intervention chirurgicale. C’est tout simplement inadmissible. Nous ne pouvons, comme société, tolérer cette situation. Nous devons nous inspirer sans tarder de ce qui ce fait de mieux ailleurs dans le monde. Nous devons nous inspirer des pays qui ont réglé leur problème de listes d’attente. En France, le temps d’attente pour un remplacement de hanche est de deux semaines. En Grande-Bretagne, une loi décrète que le temps d’attente maximum pour être vu et traité par un médecin à l’urgence dans les hôpitaux est de quatre heures. Quatre heures, pas 12 heures, ou attendre le lendemain qu’il fasse jour et que le médecin arrive à 9 heures après avoir pris son petit déjeuner.
Une pratique orientée vers le patient
Que faire ? Telle est la question serait-on tenté de dire en pareille situation. Le pire serait de se résigner. Il n’est pas question de baisser les bras devant les immenses défis à relever. Les solutions existent. Il faut trouver le courage de les mettre en œuvre.
Nous pouvons transformer notre système de santé. Nous pouvons lui redonner une véritable efficacité et réel dynamisme. Nous pouvons aussi redonner l’envie d’exceller à tous les professionnels de santé. Toutes ces transformations passe par une série de mesures toutes axées vers le patient, la seule raison d’être de notre système de santé, celui pour lequel nous construisons des hôpitaux, des centres de santé, celui pour lequel nous cherchons à acquérir les technologies les plus performantes.
Les subventions étatiques : une approche figée
Plutôt que d’accorder des subventions aux hôpitaux SEGMA, relions leur financement au nombre de chirurgies et de soins qu’ils réalisent pour le patient. Cette façon de faire s’inspire d’une philosophie où le patient devient une source de revenu plutôt qu’une dépense, comme c’est actuellement le cas.
La méritocratie doit prévaloir
La mise en œuvre d’un système de financement des hôpitaux (subvention ou autres) basé sur la qualité des performances, sur la qualité des services, centres de santé, celui pour lequel nous cherchons à acquérir les techniques de soins, sur la performance de chaque service, sur la qualité des différentes prestations, sur le taux d’occupation servira à instaurer un élément de concurrence entre les services d’un même hôpital et entre les établissements hospitaliers d’une région et pourquoi pas à l’échelon national. Il n’est plus permis de donner les mêmes moyens, les mêmes subventions aux médiocres. Ceux qui travaillent doivent être motivés, les autres n’ont qu’à s’inspirer ou alors laisser la place à ceux qui ont quelque chose à donner. Les hôpitaux aujourd’hui n’ont pas d’autre choix que d’augmenter la qualité de leurs services. Il faut redonner à notre système la notion de service à la clientèle. Il faut remettre le patient au centre de nos décisions.
Dans ces conditions, il ne faut pas craindre d’avoir recours à une plus grande participation du secteur privé, lorsque les besoins du patient le commandent surtout quand les principes d’universalité, d’encadrement et de complémentarité que nous avons évoqués plus haut sont respectés, le secteur privé peut être d’un grand secours. Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas de privatiser le secteur de la santé, comme peuvent le penser certaines personnes. Il s’agit plutôt de le transformer pour le rendre plus efficace, faute de quoi c’est son universalité qui risque d’être menacée. Le dogmatisme qui consisterait à refuser toute contribution du secteur privé doit être dépasser si nous voulons réellement aller de l’avant, si nous désirons que des changements soient opérés afin de remédier aux carences et aux anomalies, ce qui permettra a notre système de santé de retrouver l’efficacité et la performance qui ont déjà été les siennes par le passé.
Al Bayane